Alexandre Grondeau

Alexandre Grondeau, l’underground…

Alexandre Grondeau, Maître de conférences en géographie, auteur à succès de Génération H, Pangée, Sélection Naturelle, et fondateur du site Reggae.fr est intervenu la semaine dernière aux 3C (Café Culturel Citoyen) à Aix en Provence, dans le cadre des cafés géographiques, pour donner une conférence où il proposait pour la première fois une analyse géographique des territoires underground. Il s’est appuyé sur ses expériences vécues dans le mouvement des free party et sound system, qu’il a romancées au sein de la trilogie Génération H.

 

Les territoires de l’underground Alexandre Grondeau

 

Alexandre Grondeau
Le visuel du roman Génération H

 

L’underground qu’est-ce que c’est ?

Pour Alexandre Grondeau il s’agit d’une

« Avant-garde sociale et culturelle de notre époque. Il émane d’individus en marge refusant l’ordre établi et les conventions des médias mainstream. Il exprime des normes sociales alternatives, des critiques radicales du système consumériste, une originalité par rapport à la culture de masse, des différences d’expression, d’expérimentation, de style de vie aussi, d’indépendance, d’autonomie, d’autogestion, de subversion. L’underground n’a pas vocation à convaincre les foules, il existe pour lui-même, par lui-même et quiconque souhaite le rejoindre est le bienvenu. » (Génération H tome III, à paraître juin 2017)

 

Alexandre Grondeau
L’auteur prend la pose

 

Alexandre Grondeau a expérimenté ces modes de vie en suivant activement, dans les années 1990 l’émergence de la scène sound system européenne apparue dans le sillage des légendaires Spiral Tribe. Les raves sont alors basées sur un principe fort : FREE MUSIC FOR FREE PEOPLE. Au sein des free party on recherche une liberté maximale. Les tecknivaliers sont réunis par l’envie de faire la fête, de danser et de vivre autrement sans distinction de classe sociale, de genre, d’origine ou de religion. Tout est fait de bric et de broc (aujourd’hui Do It Yourself), et chaque teknival est unique. On y vient pour vivre un moment hors des lois, hors des règles sociales, en recherchant une liberté intense autant qu’éphémère.

 

FREE MUSIC FOR FREE PEOPLE !

 

Les sound system illustrent à l’époque le concept de nomadisme digital. Ils se baladent d’un spot à l’autre, en faisant de la musique électronique, en égrainant le concept des free party partout où ils passent. Le plus emblématique de ces road trip électro-musicaux est celui des Sound Conspiracy, un ensemble de trois sound system (Okupe (français), Facon (français), Total Resistance (Anglais)), qui ont fait le tour de l’Europe, puis ont mis le cap sur l’Inde jusqu’à Goa pour développer l’esprit des free party, entre 1998 et 2000. On retrouve d’ailleurs leurs aventures dans le film Word traveller adventure Mission to India

 

 

Teknivals et TAZ

Ces teknivals hors des contraintes spatiales et temporelles, existent pour et par la musique. Ils se rapprochent des Zones Autonomes Temporaires inventées par Hakim Bey en 1991 (dans son ouvrage TAZ). Il est devenu une sorte de manifeste des mouvements et espaces autogérés festifs, a posteriori. En effet la première génération teknival n’a lu TAZ qu’après avoir expérimenté dans ses différentes formes la rave.

 

on arrête un peuple qui danse !

 

Les Zones Autonomes Temporaires rassemblent des pirates sociaux, désireux de sortir du système, de se rendre invisibles aux yeux de celui-ci afin de vivre pleinement une forme d’anarchie festive en suivant la musique. Ces TAZ sont présentes en divers lieux, sous différentes formes, toutes invisibles aux yeux de l’État et de ses représentants. Elles sont comparables à des îles, formant un réseau. Connecté et relié grâce notamment aux nouvelles technologies et au Web, qui crée des connexions entre territoires de l’underground.

 

Alexandre Grondeau
Visuel du roman Sélection Naturelle

 

Friches urbaines, squats, TAZ et répression policière

Alexandre Grondeau explore ces territoires de l’underground dans Génération H et dans ses travaux universitaires. Il les aborde sous trois formes spatiales particulières : le squat, les friches urbaines et les TAZ (teknivals, festivals off…). Tous ces lieux sont désireux d’atteindre une autogestion maximale, tout en mettant en avant la culture, l’art, la musique et la liberté à la marge du système en place.

Ces derniers espaces de liberté totale mutent en fonction des acteurs et des époques. Mais aujourd’hui le contexte sociétal s’est durci et il impacte durement ces mouvements alternatifs. Depuis le début des années 1990, les lois liberticides se sont multipliées. Une répression toujours plus intense est menée contre les tenants de l’underground (saisie de matériel, arrestations, fermetures d’espaces et expulsions). Ces conditions, ont eu pour effet, selon A. Grondeau, de radicaliser un peu plus l’activisme musical politique et de limiter la multiplication des zones autonomes temporaires et festives.

Cependant, quelles que soient les barrières qui tentent de se dresser face à de tels espaces, l’histoire de l’underground s’écrit chaque jour, car « on arrête un peuple qui danse »

 

Article rédigé par Florence Pondaven pour Vibration Clandestine

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