Trucks de Ouf©François Abelanet

François Abelanet

 Connaissez-vous le principe de l’anamorphose ? Elle joue sur les perspectives pour montrer, d’un point précis, une image, une forme que l’on ne verrait pas si nous ne savions où nous tenir. François Abelanet qui a travaillé comme architecte scénographe pour le théâtre, la pub, le cinéma (collaboration avec David Lynch, Wes Anderson, Patrice Leconte), crée des anamorphoses 3D d’envergure. Il nous explique tout sur ses œuvres dont le public fait partie intégrante.

 

L’interview de l’anamorphiste François Abelanet
Par Vibration Clandestine

 

Qui croire ?
Qui croire ?

  Architecte paysager puis architecte scénographe. Quelles sont les raisons qui vont ont amenés a réalisé les anamorphoses ?
J’ai un lien très fort avec l’image. Dans le cinéma comme dans la pub, il est difficile d’avoir une continuité professionnelle. Dans ce milieu, ce n’est pas que l’on ne travaille pas que l’on ne travaille pas du tout. Je me suis donc créé un univers autour de l’image, au départ une anamorphose est un ensemble de règles que l’on utilise dans le théâtre et le cinéma. Ces règles, je les applique à l’art. Felice Varini, Georges Rousse font des anamorphoses in situ et les photographient pour avoir l’image voulue. La différence c’est que j’associe le public et que mes créations sont de grandes dimensions. De plus j’ai un affect pour le monde végétal (père arboriculteur), la campagne, ce qui explique mes anamorphoses végétales. Lorsque je construis, c’est un travail d’équipe qui se met en place, un processus qui se met en route. Au début personne ne comprend rien et après tout le monde trouve est emballé.

 

 L’anamorphose du jardin de l’hôtel de ville à Paris en 2011 est exceptionnelle. De la conception à la réalisation, expliquez-nous ?
Il a fallu deux à trois mois pour la réflexion du projet et les autorisations liées à la mise en œuvre. Celle-ci a été réalisée très rapidement, presque dans l’urgence. L’anamorphose de 120 mètres par 25 a été construite en 5 jours et 5 nuits. Le principe de l’anamorphose est de modifier les infos que vos yeux envoient à l’hippocampe qui est une base de données. Je vous donne des signaux et l’idée que cela va donner quelque chose mais ce n’est pas la réalité, je triche. Pour la conception je fonctionne ainsi : je conçois une image 2D que je projette virtuellement dans l’espace pour la modéliser en 3D. Je décompose, je vérifie in situ. Cette projection doit se faire sur un support virtuel que je connaisse. Enfin je reconstitue les volumes. Mon but est d’amener l’enfant curieux que nous sommes tous à aller chercher l’image, créer une fascination. On me demande de fasciner les gens, aujourd’hui tout le monde à un smartphone, prend des photos. Je leur offre un cadre, une image à transporter. Ma galerie c’est le grand public. Paris n’a pas eu le succès escompté à cause d’un manque de communication. Mais chaque conception est une nouvelle équipe, un nouveau projet, une nouvelle façon de voir les choses.

amener l’enfant curieux que nous sommes tous à aller chercher l’image, créer une fascination 
Trucks de Ouf©François Abelanet
Trucks de Ouf©François Abelanet

 Votre anamorphose de la place Bellecour à Lyon en juillet 2013 a été classée par le Guinness Book. Était-ce de votre initiative ?
Renault Trucks m’avait demandé de créer tout un univers. Le projet se portait sur l’élaboration d’une pièce de 4 000 m2 et trois pièces de 600 m2. À la réunion, il y avait des hésitations, je leur ai dit que cela ne posait pas de problème, je pouvais faire le Guinness. Ils ont donc appelé le Guinness Book qui a dû crée une catégorie. Pour eux anamorphose égale peinture. Ils ont donc créé la catégorie anamorphose imprimée.

 

 Quelles étaient les techniques d’impression ?
La grande partie de plus de 4 000 m2 représente un fichier de 50Go, j’ai du la transporter, via un disque dur, chez l’imprimeur. Impossible et trop risqué d’envoyer un fichier si lourd. La place Bellecour c’est aussi un pari que j’avais fait car il fallait que le soleil soit au rendez-vous car j’ai poussé les valeurs et les contrastes à fond. Le soleil peut rendre un bleu pâle terne il fallait donc anticiper. Pour le modèle 3D nous avons travaillé sur photoshop à partir de mes croquis section par section, fichier par fichier. Pour la grande image il a fallu six à sept semaines de travail.

 

 Depuis la place Bellecour à Lyon, votre actualité est clairsemée. Ce qui nous laisse penser que vous travaillez sur un projet…
Sur plusieurs projets pour être exact mais la situation économique étant ce qu’elle est, les institutions ont du mal à se décider. En fin de compte tout tombe d’un coup. Fin 2014, un événement au grand palais est prévu. En 2015, je serais sur l’exposition universelle de Milan et en 2016 j’ai un gros projet dont je ne peux rien dévoiler. Les projets sont souvent trop chers, ils veulent du buzz mais ne sont pas prêts à payer. Je suis un marginal de l’art contemporain, j’ai 50 ans et je suis un jeune artiste de 5 ans, je n’ai donc pas les réseaux nécessaires.


www.francois-abelanet.com

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