Génération H, Tome 3 !

Alexandre Grondeau est de retour pour nous conter les aventures de la génération H, de la France qui fume et de ses héros. Sacha circule entre Londres, Paris et Nice, de grosses soirées en concerts enfiévrés, en compagnie de noctambules mélomanes enfumés. Entre délires psycho tropiques, psychédéliques, sur fond musical éclectique, et grosses looses de la vie, Sacha et ses compères tentent de vivre la vie qu’ils ont choisie dans une société française avec laquelle ils sont en décalage.

 

vibration clandestine a rencontré l’auteur, qui nous a avoué que le tome III était son tome préféré !

 

Le road trip que nous offre Alexandre est l’occasion de saisir les espaces de liberté créés, explorées par une génération, au début de l’an 2000, où il fait bon vivre, chiller, baiser, refaire le monde sans pression. On est donc trimballés dans des fermes coupées du monde, devenues zones d’agriculture expérimentales, dans des salles de concerts parisiennes où s’exprime le meilleur du dancehall, et dans des squats du Sud de la France, où mondialisation oblige, la jeunesse de Goa et autres paradis exotiques se mêle.

 

« Bons à rien sauf à vivre » c’est aussi l’occasion pour l’auteur de distiller une philosophie de vie, à la marge, dans les failles pour un mode de vie qui essaie de ne pas se laisser aller au conformisme, au populisme, à la peur de l’autre, et aux affres la norme sociale. Alexandre Grondeau brosse le portrait de la culture underground teknival, soundsystems, urbaines et rurales, qui vit la tête dans les étoiles, et les deux pieds bien ancrés dans le système auquel elle appartient, loin des clichés d’une dépolitisation fantasmée. Il s’agit alors de se positionner de façon à ne pas subir l’actualité, le déclassement, la crise économique, la politique, et de trouver une voie d’apaisement, sans complaisance.

 

…Mes valeurs, je n’ai jamais souhaité les inculquer, mais j’ai préféré les véhiculer…

C’est le tome le plus roots, écrit avec un effort moindre encore de fiction, au plus proche des expériences de l’auteur et de ses ressentis.

 

Génération
La première de couverture du tome 3

 

Question pour Alexandre Grondeau, le critique musical : Quelles sont les différences que tu fais entre le mouvement roots, reggae, dub, teufs, et le Hip-Hop, alors qu’on sait que ces mouvements proviennent des mêmes types de fondation, les last poets, etc. ?

 

« Pour faire concis, à l’époque où se déroule Génération H, la jeunesse s’organise en tribus : il y a les technophiles, les grunges, la tribe du reggae et celle du Hip-Hop… Ces tribes et ces musiques se mélangent, et il y a beaucoup de choses en elles qui fusionnent, mais leurs évolutions respectives vont s’avérer très différentes. Le Hip-Hop était beaucoup écouté dans les cités, il diffusait des messages contestataires, et était l’incarnation de pensées rebelles urbaines. On écoutait du Hip-Hop et du reggae en teuf mais la différence entre les deux mouvements c’est que par la suite le Hip-Hop a réussi à se variétiser en conservant quand même une facette underground plus ou moins dynamique. À la fin des années 1990 c’est la musique la plus écoutée par les jeunes, et il y a un aspect bling bling ancré dans le mouvement qui se développe à vitesse grand V.

 

Génération H
Alexandre Grondeau

 

Entre délires psycho tropiques, psychédéliques, sur fond musical éclectique

 

Le reggae quant à lui n’a pas subi ce type variétisation à outrance et est resté proche de ses valeurs, en restant underground. Le message du reggae est très difficilement soluble dans la société de consommation. Depuis les années 1970 le reggae parle à tous les peuples du monde, en prônant la défense de tous les opprimés du monde, et particulièrement du « tiers-monde ». Le reggae met en avant une philosophie mystique, de respect de la nature et de l’autre. C’est pour ça que le reggae et le dub génèrent une avant-garde existentielle aussi résolue et activistes.

 

Le reggae est rebelle et contestataire, plus « rigide » d’une certaine manière, là où le Hip-Hop s’adapte beaucoup mieux à la société capitaliste. De son côté le mouvement techno a suivi le même type d’évolution que le rap : la massification de son audimat et de sa production ont supplanté ses franges les plus hardcore qui tentent néanmoins de résister notamment avec le mouvement free party. »

 

Génération h, tome 3 d’Alexandre grondeau.
le livre à lire cet été !

 

C’est quoi être contestataire en 2017 ?

« Être contestataire en 2017 c’est vivre le mode de vie de la génération H, refuser l’ordre établi, les justifications faciles et les compromis raisonnables. Refuser d’être comptables, refuser la financiarisation, aimer la vie, la brûler par tous les bouts. Parce que dans cette vie le plus important c’est de s’être amusé le plus possible. »

 

Alexandre Grondeau
L’auteur de Génération H

 

Est-ce que la génération H vote et est poly amoureuse ?

« (Rires) La génération H fait comme elle veut, elle n’en a rien à foutre des jugements qu’elle suscite, mais disons que c’est certainement plus facile pour elle d’être poly amoureuse que de voter. »

 

Est ce que la génération H lit le Comité Invisible et fait partie des appellistes ?

« La génération H lit beaucoup de choses. Elle est curieuse de toutes les évolutions de la pensée contestataire qu’on trouve en France et ailleurs, pas seulement politiques ou idéologiques. Proche de tous les milieux libres, de type squats, freezones, communautés autogérées, autres lieux hédonistes, la génération H fait référence à une communauté très large, dont la principale motivation est de profiter du peu de vie que le consumérisme nous laisse. La génération H suit peut-être une forme d’hédonisme politique, qui ne recherche aucun type de purisme. Elle ne demande rien à personne et raisonne en se disant : « advienne que pourra ». »

 

Les clochards célestes à la recherche du bonheur et de la défonce, sont des « Bons à rien sauf à vivre ».  

 

Comment on fait pour incarner les valeurs portées par Génération H dans un monde contraint ? Comment est ce que tu as fait ton parcours ?

« La première exigence c’est d’être intègre vis-à-vis de soi-même, sans essayer de convaincre personne. Mes valeurs, je n’ai jamais souhaité les inculquer, mais j’ai préféré les véhiculer, les transmettre, lors des discussions, dans tous les lieux de parole possible. À travers mes livres, la musique que je fais et que je produis, mes cours à la fac, j’interpelle les gens, à propos des dysfonctionnements de notre société, et de son absurdité. Je m’épanouis dans ce que je fais, et j’assume à la fois mes activités universitaires et artistiques. Tout ce qui m’importe, c’est que ça me plaise, quoi qu’en pensent les autres.

La génération H c’est une génération hédoniste et solaire, qui veut s’éclater. Elle n’a pas besoin de valorisation ou de légitimation de l’extérieur. Ce qu’on pense être de la schizophrénie c’est une solution pour se sauver face à la médiocrité. »

 

Le graffiti ça représente quoi pour toi ?

« J’ai toujours été fasciné par le graffiti et j’adore l’idée selon laquelle on pourrait colorer les murs gris des villes. Il me paraît évident qu’il faut laisser carte blanche aux artistes pour qu’ils redécorent et s’approprient nos murs. J’ai rencontré des graffeurs proches du milieu Hip-Hop, et j’ai toujours été intéressé par cette culture-là. Je n’ai jamais graffé moi-même, j’avais d’autres activités, mais ça ne m’a jamais empêché de kiffer l’art de rue, insoumis et authentique. »

 

Alexandre Grondeau
Le visuel du roman Génération H, tome 1

 

génération H, le livre des cultures underground !

 

C’est quoi ta géographie de l’underground ?

« Ma géographie de l’underground se trouve dans tous les interstices du capital et du pouvoir. Ma géographie de l’underground elle est dans des fermes autogérées, dans des squats à Athènes, et dans les frees zones de Christiana. Les territoires de l’underground sont multiples et variés. Ils se protègent et sont à l’abri des regards, mais sont également dans les espaces virtuels. La géographie de l’underground c’est la géographie des marges, des résistances au système établi qui essaient de vivre la vie qu’ils souhaitent, en opposition au système. Comme dit la sagesse populaire : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». »

 

Et alors est qu’il y aura un tome IV ?

« Pour le moment je ne suis pas du tout dans l’optique du tome IV, on verra comment mes lecteurs reçoivent le tome III. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que je n’ai pas cessé de vivre à la fin du tome III. »

 

Quelle est ton actualité prochaine ?

Je suis invité cet été dans plusieurs festivals pour présenter la sortie du tome III de Génération H, mais également le projet Reggae Ambassadors, un livre et un film que j’ai managés et qui sont sortis l’année dernière. Il y a aussi une compilation qui sera offerte très prochainement à tous les lecteurs du tome III Bons à rien sauf à vivre et qu’on fait découvrir tout l’été sur YouTube. Toutes les informations et les deux premiers chapitres gratuits du livre sont à retrouver sur www.generation-h.fr

 

Cette interview a été réalisé par Florence Pondaven pour Vibration Clandestine

 

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