©Jean-Maxime Robert

Jean-Maxime Robert, graff indoor !

 

À première vue, l’intérêt de Jean-Maxime Robert pour les façades des immeubles délabrés peut paraître étonnant. Cette fascination devient alors la base de son travail : «  je cherche ma propre conception esthétique de la ruine dans le cadre limité et contraignant du tableau ». Sur ses ruines travaillées, il pose des visages féminins dessinés à la main, témoins de notre époque.

 

 

Interview de Jean-Maxime Robert, par Vibration Clandestine !

 

 

Avec tes tableaux le street art sort de la rue. Comment définis-tu cette conception très particulière ?

Le street art est né dans la rue mais il est déjà entré au musée. Ma démarche est de partir de la toile, le support classique, pour lui donner un aspect de mur urbain avec ses éraflures, ses traces, tous les signes de la dégradation. J’essaie de trouver une esthétique propre à cette transposition du mur contemporain sur une toile afin que cela devienne un tableau. Le visage de femme anonyme présent sur chacune de mes toiles témoigne de notre époque mais fait aussi référence au genre le plus traditionnel dans le domaine pictural, celui du portrait. Mais je ne viens pas du street-art, je m’en inspire.

 

©Jean-Maxime Robert
Graff indoor !©Jean-Maxime Robert

 

Tu réalises beaucoup de travail hors toile ; chaussures, sacs à main, chaises, fauteuils. Est-ce ta façon de démocratiser le street art ?

 

J’ai choisi la toile comme support de mon travail mais je ne veux pas me limiter à cela. Au contraire je suis toujours en recherche de nouveaux supports. J’ai besoin que ma peinture sorte du cadre, qu’elle déborde pour aller se répandre sur les objets qui nous environnent quotidiennement, les vêtements, le mobilier etc…. La rencontre entre ma peinture et ces objets usuels provoque des émotions particulières, nouvelles. Et les objets eux-mêmes ont une nouvelle vie, ils deviennent uniques donc précieux, comme des tableaux.

 

 

 

 

 Jean-Maxime Robert, le street art Indoor !

 

©Jean-Maxime Robert
Graff Indoor ! ©Jean-Maxime Robert

 

Récemment tu as réalisé une série de collages. Quelles ont été tes motivations, tes raisons de ce retour à la rue ?

 

Régulièrement je ressens le besoin de participer à un collage. En général, je fais ce genre d’intervention avec un ou deux autres artistes, c’est stimulant. Il faut toujours trouver les moyens pour que le résultat du collage soit insolite. Le but est atteint quand les gens qui découvrent le collage, sont surpris, interloqués par son contenu mais aussi son emplacement. Quelque chose se produit là où d’habitude les passants ne font plus attention, quelque chose d’inhabituel qui provoque l’étonnement. Le collage contribue à entretenir la capacité de chacun à s’étonner, c’est un pas de plus vers l’art, je pense.

 

 

 

Le mot de la fin …

 

Je dirai que, pour moi, il s’agit plutôt d’un début. Mais en matière artistique, c’est la difficulté : ce qui doit durer, c’est le commencement. Il faut que ça reste un surgissement et pour cela l’artiste doit prendre le risque de chercher sans cesse. Je réalise des peintures sur toile en « live », devant des publics et dans des lieux très différents. A chaque fois, c’est un nouvel enjeu pour moi.

Peindre devant des gens qui n’ont souvent aucune idée de comment ça se passe et même de l’art en général, oblige à se surpasser. Il faut rester dans une maîtrise et une concentration totales. Pas le droit à l’erreur ni à l’approximation. C’est un gros risque. Cela exige d’être très profondément engagé dans sa peinture, dans l’acte de peindre lui-même. Cette prise de risque permet de vérifier en direct où on en est. Il n’y a pas d’échappatoire, la tricherie avec soi-même n’est plus possible. Car on doit aller chercher au plus profond, puiser de nouvelles ressources. J’aime ces moments de vérité.

 

 

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