Mani©Jean-Paul Kesseler

Mani, dans son imagination !

 

Le dessin sous sa forme la plus pure, noir sur blanc. Cette façon de s’exprimer, précise et complexe, emplit de détails, le jeu des ombres et des contrastes, offrent à ces dessins une personnalité et un caractère qui sont la personnification même de Mani. Le Bic et le Gesso sont son outil et son support…

 

Interview de Mani par Vibration Clandestine !

 

 Pour commencer, parle-nous de ton revêtement de support, le Gesso… Qu’apporte-t-il ?


J’ai d’abord dessiné sur différents types de carnets, puis sur du papier bristol, mais ça ne me convenait pas. Il fallait que je trouve un support plus robuste,

Mani©Jean-Paul Kesseler
Mani©Jean-Paul Kesseler

avec plus de texture et de matière. Après diverses expériences laborieuses, j’ai trouvé au bout de 8 ans le support idéal, en osmose avec mon univers. La préparation est minutieuse, colle d’os et poudre de marbre, une vingtaine de couches successives à chaud sur une planche de médium pour obtenir un apprêt parfaitement blanc et lisse.
Toutes mes autres activités créatives sont virtuelles ou informatiques, ce support me permet de garder un contact direct à la matière, je trouve ça crucial. Dessiner sur cette surface parfaitement plane mais légèrement rugueuse me donne parfois l’impression de dessiner sur de la pierre, comme un homme des cavernes. Je trouve intéressante la contradiction entre l’épure du fond blanc et la masse solide et rigide du bois. Mes travaux reposent sur ce type de contrastes.

 

 

 Tous tes dessins sont faits au Bic. Pourquoi ? As-tu jamais essayé d’autres outils ?


J’ai tout simplement commencé à dessiner sur les bancs de la fac, en laissant divaguer mon stylo Bic sur les bords de mes cahiers. Après 3 ans d’études, j’ai réuni tous les dessins et gribouillis et me suis rendu compte qu’ils avaient une cohérence. Alors je me suis mis à dessiner plus régulièrement, mais l’outil lui, n’a pas changé. J’aime l’approche très directe, immédiate du stylo, qui permet une spontanéité créative, ça ne laisse pas la place à une conceptualisation systématique ou à une quelconque anticipation.
L’utilisation du stylo bille m’est venue très naturellement, et je pense que j’ai encore pas mal de pistes à explorer dans cette voie (l’évolution se perçoit surtout dans les détails). Je changerais d’outil quand celui-ci n’aura plus rien à dire…

 

 

Mani, un équilibre constant !

 

 

Mani ©Jean-Paul Kesseler
Mani dans l’atelier

 Deux personnages sont quasi récurrents sur tes dessins. Un grand personnage effilé qui rappelle les statues africaines et une petite bestiole aux grandes dents. Qui sont-ils ?


Comme je le disais, mes dessins reposent sur des contrastes, un équilibre constant entre le noir et le blanc, les vides et les pleins, le grand et le petit, et même le drôle et le sérieux. Ces personnages font partie de cet univers. Ils sont complémentaires et apportent un regard naïf et léger à la dureté de leur environnement. Ils sont comme des catalyseurs. C’est par eux que l’on entre dans le tableau, et ce sont eux qui lui donnent du sens.
Ils ne représentent rien de particulier, mais sont plutôt là pour servir des métaphores visuelles. Personnellement j’ai ma petite idée sur ce qu’ils racontent, mais je tiens à ne pas fermer l’interprétation, ce qui donne une multitude de lectures possibles. Dans leurs interactions, ces personnages forment un duo étrangement plein d’humanité je trouve. Et puis dessiner est un acte solitaire parfois difficile, alors avoir des compagnons de route, ce n’est pas désagréable !

 

 

 

 Depuis peu, tu dessines sur de plus larges formats. Ton premier fut sur un support de 3 par 3,5 m. Tu repousses les limites de ton imagination…


C’est dans la suite logique des choses. Mon travail n’est pas expérimental, je ne suis pas à la recherche de nouveaux concepts ou d’autres techniques. C’est plus un travail de représentation et d’improvisation, plus proche dans sa conception du spectacle vivant que des arts plastiques en fait. Je me nourris simplement de mes observations quotidiennes, des situations extérieures, des formes déjà contenues dans le monde qui m’entoure.
Mes travaux évoluent donc principalement par le format et la taille du support. Plus le tableau est grand, plus je passe de temps, et plus on peut s’immerger dans le dessin et plonger aux tréfonds de mon imagination, oui. Malheureusement pour moi, plus je dessine sur un grand format, plus il m’est difficile de revenir à un tableau plus petit…

 

 

 

 

 

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