© Philippe Bouillaguet

Philippe Bouillaguet

Envie de voyager, de sensations fortes, de perdre pied ?

Inutile de partir de l’autre côté de la planète, de s’adonner au sport extrême ou de tenter n’importe quelle vieille ou nouvelle drogue de synthèse. Essayez plutôt de vous imaginer une randonnée dans la tête de Philippe Bouillaguet, là au moins il se passe des choses, des rebondissements, la sensation de perdre le fil à tout moment, du mouvement, la vie quoi. Des créations qui suscitent l’interrogation, un homme qui lors d’une discussion peut déclencher une certaine passion ou pire. Punk’s not dead !

 

Interview de Philippe Bouillaguet
Par Vibration Clandestine

 

Philippe, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre univers, comment familiariseriez-vous nos lecteurs avec vos tableaux ?
J’ai commencé par être ouvrier en usine à Flins, après j’ai été veilleur de nuit et j’ai décidé de faire des études et Paris 8 m’a sauvé la vie. J’ai une maîtrise en sciences politiques, un DEA en histoire, j’ai passé le concours. Je suis devenu prof de lettres et d’histoire en Seine St Denis puis j’ai atterri en Haute Loire pour m’occuper de mes parents. Je peins depuis cinq ans suite à leur décès, je suis à la retraite pour invalidité, la peinture ça m’oblige à vivre et ça permet de faire remonter à la surface ce que j’ai dans la tronche.

 

© Philippe Bouillaguet
© Philippe Bouillaguet

Vous produisez régulièrement de nouvelle toiles, est-ce pour vous une sorte de boulimie créative à tendance thérapeutique ou plutôt simplement des tonnes d’idée que vous avez besoin d’évacuer ?
C’est  exactement ça, c’est de la boulimie, en cinq ans j’en ai fait plus de deux cents. J’aime bien peindre pour des gens que je rencontre, j’ai dû faire une trentaine de tableaux pour des petits groupes de Cajuns mais je n’aime pas le trad, c’est le grand écart, mais avant tout une relation humaine car je surcharge, le blanc c’est la mort. J’ai passé un an en Haïti et le Vaudou m’a bien marqué. Le grand père a fait 14/18 et j’en ai fait cinquante sur la grande guerre mais ce n’est pas des gars dans les tranchées c’est plus le traumatisme, l’horreur de la guerre et révéler ce que l’on cache, par exemple il y a un de mes tableaux où j’ai écrit « surrealistic flinguery » dès 1915 car les exécutions ont commencé avant 1917 ou « mort au boche » je peins pour moi et avec mes tripes je n’aime pas l’hypocrisie ou la langue de bois.

 

Philippe, vous avez dit : « C’est dans la peur qu’on voit ce que l’on est ». Quel est le lien entre cette réflexion et votre goût ou besoin pour la création ?
Au début je mettais une semaine pour faire un petit format on m’a fait comprendre que les expos c’était pour décorer les murs alors maintenant je décharge une certaine violence et puis je suis naturellement torturé j’ai peur de la mort. Celle-ci est toujours présente dans les tableaux, comme je ne fais pas de croquis c’est souvent des trucs enfouis que j’ai besoin d’exprimer. J’ai un peu honte d’exposer car je n’ai pas fait les Beaux-Arts mais Jean-Luc Epaille, un metteur en scène de St Etienne, m’a envoyé un mail d’une page en m’indiquant que pour 14/18 ce n’était pas du Otto Dix mais qu’on s’en prend quand même plein la gueule. L’objectif c’est de faire mal que l’on sente le malaise et il parait que j’ai un coup de pinceau reconnaissable de toute façon, je fais ce que je peux.

 

J'aime bien peindre pour des gens que je rencontre

 

Si vous deviez peindre dans les semaines ou les jours à venir un tableau sur un sujet qui vous révolte ou

© Philippe Bouillaguet
© Philippe Bouillaguet

vous tient à cœur, quel serait-il ?
Ce qui me révolte c’est la guerre, tous ces braves types morts pour les marchands de canons et le coté cul béni de certains. Je ne sais pas si y a un bon dieu, dans le Vaudou y’ a un paquet de divinités (loas), aux Indes pareil et l’obscurantisme, le fanatisme religieux me fait peur mais on fait de la diplomatie avec des tordus ex-Daladier et les accords de Munich. La peinture c’est un exutoire et je suis obsédé par 14/18 et les commémorations, la guerre ce n’est pas les officiers que l’on fusille, ils sont décorés et loin du front, comme nos politiques, loin des misérables. Pétain a sauvé la France à Verdun, mais on oublie que c’est le collabo dans les manuels scolaires. Le monde des spéculateurs et de la finance me dégoute, j’adore Louis Ferdinand Céline même si c’était un proche de Goebbels, il a révolutionné l’écriture. L’art on en crève, Pollock s’est suicidé, les marchands d’art font du fric, je suis resté très punk.

 

Où nos lecteurs peuvent-ils retrouver vos toiles et votre univers qui semblent flirter entre Vaudou et esprits torturés ?
J’ai quelques expos décalées sur 14/18 au nouveau théâtre Beaulieu à St Etienne du 7 janvier au 1 février, à la MJC de Monistrol en Haute Loire du 9 janvier au 6 février. Je dois en mener une vingtaine à chaque endroit. À Commentry du 17 février au 28 mars, à la mairie et la médiathèque la pléiade ils en veulent cinquante, c’est toute ma vie c’est énorme ! J’ai pas mal de refus pour 14/18. Sinon les affiches ou tableaux pour les groupes, comme c’est moins flippant je trouve plutôt dans des salles de concerts ou lieux alternatifs mais c’est pas facile pour le transport. J’aimerai bien connaitre un petit groupe de rock qui n’en veut, pour leur faire des affiches. À chaque fois c’est pièce unique donc collector.

 

Le mot de la fin : Je suis sur le cul d’avoir un papier dans Vibration Clandestine, c’est une putain de reconnaissance de mon boulot alors que je ne suis pas connu j’espère que ça va faire une vague.

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