photo © Yvette Louis

Yvette Louis, corps en Transformation !

La photographie a toujours été un prolongement d’elle-même. Yvette Louis scrute, observe et tire le meilleur des personnes à travers leur passion qui s’exprime au mieux dans leur travail. Ombre indissociable des artistes, des compagnies de danse et de cirque de sa région, elle s’affaire, avec son argentique noir et blanc, à rendre une image vraie de ces hommes et femmes qui œuvrent pour le bonheur et le bien de leurs semblables. Rencontre avec une passionnée…

 

 

Yvette Louis, corps en Transformation à la Tannerie !

 

 

Yvette Louis, dites-nous ce qui vous plaît dans la photographie ? Ce qui vous a amenée à ne jamais vous séparer de votre appareil ?
La photographie est pour moi la meilleure façon d’exprimer une idée, un sentiment, une émotion. Et quand il s’agit de danse avec le handicap comme dans cette exposition, pour la compagnie Passaros, il faut regarder d’une façon particulière, voir l’invisible, essayer de saisir l’essentiel, l’essence même du mouvement. Dans la danse, le corps devient un champ d’expression, il se transforme en écriture pour parler. La photo doit saisir cela, pour saisir le mouvement dans l’immobilité d’une image.

 
Quel message vous-voulez transmettre à travers vos photographies ?
Je ne veux pas transmettre de message, surtout pas, ce qui m’importe c’est remplir mon contrat de rendre compte d’une expression choisie par ceux que je photographie, la musique, le cirque ou la danse. La lumière est l’écriture de la photographie, je l’ai touchée avec le noir et blanc et je continue avec la couleur, ce qui est quelque part totalement différent, c’est comme passer du dessin à la peinture.

 

photo © Yvette Louis

Présentez-nous votre exposition qui aura lieu du 18 novembre au 19 décembre à la Tannerie, SMAC de Bourg-en-Bresse ?
Cette exposition a lieu dans le cadre du festival L’irrégulier, qui présente les actions menées par la compagnie Passaros avec le handicap et la danse. Cette exposition retrace des moments de stages, mais aussi de spectacles, d’ateliers et de rencontres entre des gens qui avec la danse, redessinent leur corps, l’incarnent, se l’approprient et surtout le transfigurent dans le mouvement autorisé, sans restriction. Le rêve impossible devient possible dans l’espace dédié à la liberté de pousser les limites d’un corps cabossé, réduit, empêché. Le besoin d’occuper et de sentir cette enveloppe charnelle qui résiste est transfiguré dans la manière et le fait de de permettre l’expression qui n’est pas dans les règles habituelles de l’art de la danse, mais qui se rapproche de l’art brut, pour exprimer ce qui est le plus authentique dans l’humain : la fragilité de l’être et de la vie.

 

Yvette Louis : “le plus authentique dans l’humain : la fragilité de l’être et de la vie!”

 

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez en collaboration avec la Cie Passaros. Quel lien vous unit ?
On travaille depuis longtemps ensemble, et pour photographier une expression comme la danse, il faut précéder le mouvement, il faut le sentir et pour ça il faut vibrer au même endroit. C’est plus qu’un travail, c’est une vraie complicité qui s’est construite petit à petit, avec un vrai intérêt, une passion que j’ai pour la danse et un intérêt depuis le début de cette compagnie pour l’expression graphique, vidéo et photo. Émilie Borgo depuis la création de la compagnie Passaros a multiplié les actions pour créer des événements de danse, dans la rue, dans les lieux de spectacle, avec de nombreux autres danseurs qui ont participé à ses spectacles ou été invités à animer des stages pour que se rencontrent les gens dit normaux et les danseurs porteurs d’un handicap. La danse pour Émilie Borgo de la Cie Passaros est un moyen de faire bouger les choses, de mettre la danse à la portée de tous sans exception, du fauteuil roulant au danseur parfaitement maître de son corps et de ses mouvements. J’ai suivi ce parcours passionnant dans sa forme et dans l’audace qu’Émilie Borgo a toujours eu pour faire fi de tous les obstacles pour réaliser l’inhabituel en dehors de tout cadre académique.

 
Lorsque l’on lit la biographie d’Yvette Louis, on se rend compte que nombre de vos travaux ont avant tout une portée sociale. En quoi est-ce important pour vous ?
La plupart des artistes que j’ai rencontrés liaient leur vie d’artiste à une dimension sociale, et je pense que lorsque l’artiste reste en contact avec la réalité, il est plus fort, plus vrai, plus épais ! Et ça, ça m’a toujours passionnée de voir comment par exemple la danse change la personne, dans sa vie quotidienne. C’est absolument magique comme, encore plus important pour quelqu’un en situation de handicap, la pratique d’une activité artistique ouvre des horizons pour vivre mieux.

 

photo © Yvette Louis

 

 

 

Yvette Louis, avez-vous des projets en prévisions ?
J’ai le projet de continuer à ouvrir grands les yeux pour essayer de faire partager la magie que je vois souvent dans un bref instant, dans les êtres que j’observe et qu’il me paraît important de capter et de faire partager le mieux possible.

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