© Clément Guérard - Voûte d'ogives réalisée en 2011

Guédelon

 

Lors de vos vacances, week-end, ou même pendant votre quotidien, ne vous est-il jamais arrivé de passer devant un des nombreux châteaux qui s’élèvent sur le territoire français et de vous demander mais comment faisaient-ils ? Les hommes et femmes de Guédelon (Bourgogne) peuvent répondre à vos questions, puisque depuis 1997, ils bâtissent un château fort en respectant les techniques de construction du premier tiers de XIIIsiècle. Une expérience humaine enrichissante et impressionnante qui vous transportera au Moyen Âge…

 

Interview de Maryline Martin, directrice du chantier

 

 

© Clément Guérard - Carriers - Perçage de lumières
© Clément Guérard – Carriers

Je vais faire appel à vos souvenirs. Quelles ont été les réactions lors du dépôt du permis de construire ?
En fait, je crois que la démarche était tellement unique, inattendue, folle, incroyable, étrange… que tous les services de l’Etat réunis pour étudier notre demande, sont restés silencieux et probablement circonspects. Le permis a été obtenu en deux mois et les protagonistes de l’époque nous ont vraiment suivis.

 

 Les techniques de construction du château se calquent sur celles employées au début du XIIIsiècle, qui elles aussi évoluaient. Sur le chantier, l’apprentissage est donc permanent ?
Oui en effet, l’apprentissage est permanent car il faut tout « réinventer » et surtout le plus compliqué pour les oeuvriers est de se « déprogrammer » de leurs savoirs et compétences modernes et de se mettre dans la logique du Moyen Âge. Je prends un exemple, il est difficile par exemple pour un tailleur de pierre de lui deman

der de sortir un moellon tout juste dégrossi pour former les parements de tours et de courtines. Cela peut être un peu frustrant pour certains perfectionnistes ! Au Moyen Âge, il y a une économie de construction qui ne permet pas de sortir des pierres de taille extrêmement régulières sur l’ensemble de la construction. Construire un château coûte cher, les tailleurs étant à l’époque payés à la pierre taillée, il faut aller vite… On va réserver de la taille de précision, de la sculpture pour des pièces ou des ouvrages à caractère ostentatoire comme la chapelle, la chambre seigneuriale…
À Guédelon, tous les savoirs ou techniques retrouvés sont transmis au fil des saisons aux nouveaux arrivants.

cette chapelle sera un grand moment à la fois en termes de construction mais également d’un point de vue humain. 

 Cette année, la construction de la chapelle au premier étage de la tour du même nom, est une étape importante et pleine de défis techniques.

©Delphine Dontenville - Tailleurs de pierre
©D. Dontenville – Tailleurs de pierre

Expliquez-nous cette phase du chantier…
Comme le montage et la mise en charge de la première voûte de Guédelon en 2002, cette chapelle sera un grand moment à la fois en termes de construction mais également d’un point de vue humain. Au niveau de l’architecture, cette salle, dédiée à la pratique du culte, sera la pièce la plus « sophistiquée » du château. On y trouvera des fenêtres très ouvragées, des moulures, des culots sculptés, une voûte à quatre nervures, des peintures murales… Un vrai bonheur pour les tailleurs de pierre !
D’un point de vue humain, ce programme de construction sera également très fort car ce sera le témoin de l’ensemble des savoir-faire du chantier réunis en une seule et même pièce. Tout le monde devra travailler de concert, chacun dans son domaine respectif : les carriers vont devoir sortir un cubage important de grès de la carrière, les tailleurs de pierre sculpteront colonnettes, tailloirs, voussoirs moulurés… Les charpentiers tailleront et assembleront la galerie en bois qui contourne la chapelle, les maçons mettront en charge la 5ème voûte du château, les forgerons réaliseront des outils spécifiques pour la sculpture sur calcaire… 

 

 La réalisation de la voûte de la tour maîtresse du château a été le sujet d’un DVD. Le partage d’une telle prouesse a été un moment fort de Guédelon…
Cette voûte était la 4ème mise en charge à Guédelon. Je ne veux pas dire que les oeuvriers étaient habitués mais l’expérience était là. Rien à voir avec l’émotion, la tension, l’inquiétude, le soulagement, la joie ressentis lors du décoffrage de la première voûte en 2002. Mais cette voûte du 2ème étage de la tour maîtresse nous a valu néanmoins quelques sueurs froides car c’était la plus grosse voûte du château avec ses 150 tonnes de pierres et de mortier avec une poussée sur chaque nervure d’environ 25 tonnes. Il ne fallait pas se tromper !
Le DVD retranscrit d’ailleurs très bien toutes les émotions ressenties. Un caméraman a suivi ce chantier sur deux saisons, 2011 et 2012, en se faisant oublier au milieu des oeuvriers ; ce qui donne une profonde réalité aux images, pas de mise en scène, le chantier comme si vous y étiez !

 

 

guedelon.fr

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