
Du noir, du blanc et des moments… Fabien fige le temps et partage avec nous des images que nous n’avons pas ou plus le temps de voir. En arrêtant le temps, ce jeune photographe sollicite notre curiosité et notre imagination. Des moments de tous les jours aux simples scènes desquelles nous sommes forcément acteurs, ses clichés sont des invitations à découvrir la plus grande galerie vivante qui existe : le monde qui nous entoure !
Parler de moi en photo revient surtout à parler de mes influences. Mon père, Fernand Pio, est photographe professionnel, et depuis ma naissance ainsi que celle de ma sœur, il a mené un travail qui consistait à nous prendre en photo à chaque moment, dans tous les instants du quotidien, de la vie de tous les jours, même les plus simples. Il a ainsi su exposer une vision de l’enfance et de la vie, entre douce poésie et troubles intérieurs. J’ai grandi en étant sujet de ces images, en les voyant fréquemment, et même si mon intérêt pour la photo s’est révélé il y a seulement 3 ans, je pense que ce travail en particulier a su façonner ma vision des choses, me mettre sur la voie de mes intérêts et de ce qui m’anime aujourd’hui. Ce que je cherche en photo, c’est toucher à la simplicité des choses, c’est refuser la mise en scène. Je prends en photo les scènes et personnages qui viennent à moi, en me baladant, en allant partout, c’est pourquoi j’ai toujours mon Nikon avec moi. Je travaille généralement vite, pour ne pas intriguer les gens que je prends en photo, et réussir à transposer sur la pellicule la même vision que celle que j’ai avec mes yeux.
Le choix du noir et blanc s’est pour moi imposé comme une évidence. Après quelques expérimentations en couleur, puis après avoir mené mon premier travail photo complet en sépia (qui reste tout de même du monochrome), j’ai décidé d’utiliser uniquement le noir et blanc. C’est la forme esthétique la plus apte à rendre compte d’une vision du monde telle que celle que je cherche à montrer. Tous les photographes que j’apprécie réellement (Fernand Pio, Jehsong Baak, Klavdij Sluban et Michael Ackerman) n’utilisent que le noir et blanc. C’est comme un lien de parenté, c’est s’attacher à un esprit et à des valeurs photographiques que seul le noir et blanc véhicule. Et pourtant, j’apprécie réellement les travaux de certains photographes en couleur (mon amie, Marine Petry, elle aussi photographe, est partie plusieurs semaines dans le Ladakh, et a ramené un travail en couleur d’une très grande sensibilité, que j’apprécie tout particulièrement), mais je sens que ce n’est pas pour moi. Et enfin, j’adore le grain de la pellicule noir et blanc un peu triturée !
Quand j’ai commencé la photographie, j’ai tout de suite été attiré par les travaux de photographes qui construisaient des visions oniriques du monde, et cela passait souvent par le flou, et le bougé (je pense essentiellement aux travaux de Michael Ackerman). C’est pourquoi j’ai commencé à travailler ainsi, en me cherchant. Aujourd’hui, dans mon travail plus récent, je tends légèrement à m’éloigner de cela, sauf si l’image s’y prête particulièrement. Le flou et le bougé peuvent servir une image, lui donner une certaine poésie qu’elle n’aurait pas forcément eu sans cela. Mais il faut sans cesse faire attention à ne pas appliquer cela comme une recette, ne pas utiliser le flou comme une technique intégrante à la vision proposée, mais seulement comme élément qui ponctuellement, et bien utilisé, vient servir le propos général du photographe.
C’est une question très difficile. Je pense que je suis sans cesse à la recherche de cette photo ! Cet instant serait peut-être le plus banal possible, le plus simple qui soit. Un instant dans lequel le sujet ou l’espace saurait exprimer les sentiments qui m’animent en photographie. Je pense en tout cas qu’on y verrait un personnage, un humain. Mais je dis cela aujourd’hui, peut-être que plus tard ma vision évoluera ! C’est probablement indispensable même. Et, peut-être vaut-il mieux que je ne fasse jamais cette photo, comme ça, je continue à la chercher et à en faire d’autres !