
En plein festival Off d’Avignon du 8 au 31 Juillet avec 2 spectacles par jour : Erendira et Les Méfaits du Mariage, la Compagnie Premier Acte a pu malgré tout prendre un peu de temps pour répondre à quelques-unes de nos questions. De passage en début de saison au Théâtre Jean-Marais (Saint Fons), cette compagnie implantée depuis plus de vingt ans à Villeurbanne avec son école vouée à la recherche théâtrale et à l'enseignement, nous parle de Macondo et d’Erendira. Macondo et Erendira écrits par Gabriel Garcia Marquez, adaptés et mis en scène par Sarkis Tcheumlekdjian, le metteur en scène de la Compagnie Premier Acte, sont 2 histoires touchantes qui oscillent entre tragédie, humour et poésie.
La Compagnie Premier Acte a été créée en 1985. Elle est née de la nécessité de raconter les drames du temps présent et du besoin d’appréhender le théâtre comme une école de la vigilance et de la lucidité. Premier Acte se structure autour de deux axes : la création et la diffusion de spectacles, qui est notre mission principale, et la transmission, le partage de nos connaissances et de nos souvenirs artistiques, qui est pour nous une des valeurs ajoutées du théâtre. Nous avons aujourd’hui à notre actif une trentaine de spectacles - dont la plupart sont issus de textes originaux ou inédits au théâtre - ainsi qu’une école où nous dispensons des ateliers amateurs et une formation "Apprenti Comédien".
Il est certain que diffuser deux spectacles par jour représente un challenge, particulièrement pour les trois comédiennes présentes sur les deux spectacles. D’un autre côté, c’est pour nous l’occasion de réaliser des "séries" de 24 représentations, ce qui est aujourd’hui impossible en dehors du Festival. Artistiquement, cela nous permet de poursuivre notre recherche. Nous avons la chance d’avoir un très bon accueil du public, des salles pleines, ce qui est une formidable source d’énergie pour l’ensemble de l’équipe.
Le diptyque Macondo / Erendira est un coup de projecteur porté sur l’ensemble des sept nouvelles qui ponctuent le recueil L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique. Dans Macondo, deux conteuses racontent les fantastiques histoires du village de Macondo. L’histoire du Vieil homme avec des ailes immenses, ange déplumé et asthmatique qu’un orage a fini par flanquer par terre. L’histoire d’Estéban, Le noyé le plus beau du monde échoué sur une plage... Elles reprennent la fable avec l’histoire d’Erendira, élevée par Grand-mère, personnage mythique et diabolique aux allures de souveraine d’un royaume imaginaire, pour laquelle elle travaille. Toujours au cœur de notre travail, la prose de Garcia Marquez réveille nos imaginations, fait ressurgir ces mondes dont nous ignorions même que nous les abritions. Elle est une musique avant d’être une image. (On y entend les branches épineuses de l’argémone griffer le vent avec un bruit de couteau qu’on aiguise.) Notre premier travail a donc été de choisir les musiques et les matières sonores qui illustreraient le spectacle. En misant essentiellement sur la mémoire sensorielle du spectateur, autrement dit ses souvenirs auditifs (ou sa nostalgie), nous l’invitons à participer activement à la transposition scénique… La présence des conteuses a permis de l’associer définitivement à ce travail. Dévideuses de cette incroyable histoire, elles donnent au récit son rythme et sa tonalité. Plus qu'ils ne les accompagnent, leurs mots font naître les images, font surgir, tels des pantins, les personnages qui apparaissent et disparaissent dans des halos de lumière comme dans les rêves ou les cauchemars… Car ici, même l’effroyable est poétique.
De beaucoup travailler ! Il est essentiel de garder sa sincérité et de respecter les valeurs transmises par le théâtre.
Deux créations sont prévues la saison prochaine : Médée, la petite fille du Soleil, d’après Euripide, sera créée à l’Atrium de Tassin-la-demi-Lune (69) le 21 avril prochain, et Le Maître de la Pluie sera présenté au Centre Culturel Aragon d’Oyonnax (01) le 15 mars 2011, puis dans d’autres salles de la région Rhône-Alpes. Médée fait écho aux premières créations de la Compagnie, repose la question de certains drames d’aujourd’hui. Médée, dans sa fureur, parvient à ouvrir nos blessures contemporaines et à mettre à vif les questions d’un présent qui nous glace… Quant au Maître de la Pluie, il s’agit d’un projet destiné avant tout aux jeunes spectateurs, et qui nous permettra, à travers le paysage du conte oriental, d’éprouver sans réserve les bruitages, le théâtre d’ombres… Le projet de conquérir un jeune public est proportionnel à notre désir d’entreprendre un travail délicat, minutieux et poétique.