
Fullmano, un artiste toujours sur le fil.
Il brode sur papier, disque vinyl, tapisserie, tirage numérique, etc. Tout est bon pour y tisser sa toile, sauf le tissu ! Artiste à inspirations multiples, Fullmano évolue et travaille ses œuvres dans un environnement osé qui ne peut qu’aiguiser notre curiosité. Graphisme, culture pop, mode, … Bien des directions que cet artiste rassemble sur ses créations avec un fil conducteur qui se rapproche souvent, à sa manière, du corps humain, du corps masculin.
Le fil a toujours été très présent dans mes créations, mais le fait de l’utiliser comme medium principal remonte à 2002. La raison première du choix du fil et de la broderie est pratique, je vivais dans un petit studio et j’avais une pratique plus axée sur la peinture et rapidement, cela est devenu très envahissant dans 30m2. La broderie a également l’avantage de me permettre de créer partout car très pratique : du fil, une aiguille, un support et le tour est joué ! Le choix de cette technique est également personnel et intime, mes origines, mes souvenirs, mes racines, … Je suis retourné au Portugal, véritable voyage initiatique et créatif. Comme quand j’étais enfant, j’ai revu mes tantes, mes cousines assissent sur leurs petits bancs en bois et brodant toute la journée. Le fil est devenu comme une évidence pour moi et naturellement, de retour en France, le processus de création s’est mis en place. Cette technique ancienne, traditionnelle et féminine, répondait à toutes mes attentes.
Le corps masculin est la trame principale de mes recherches, c’est là que le choix de la broderie prend aussi sa place, je m’amuse à représenter des images en décalage avec cette technique, créant ainsi une sorte d’amalgame entre plusieurs univers à différents niveaux de lectures. Cela s’accentue par le fait de ne pas vouloir utiliser le tissu comme support à broder. Ma formation de graphiste influence énormément mon travail, je fonctionne sous forme de story-boards, de collectes d’images, de listes de mots à partir d’un thème que je me donne. L’iconographie médicale, l’univers pop, la mode, la pub, la typographie, la bd et évidement la culture queer sont des sources d’inspiration.
En effet certaines pièces peuvent me demander plusieurs mois de travail, par exemple la pièce « Martyr » m’a pris un peu plus de 3 mois. Mais en parallèle de ce type de pièce, je m’accorde des récréations en réalisant de plus petites broderies, ce qui me permet également de tester certains supports ou techniques que j’exploite ensuite dans des plus grands formats.
Oui en effet, cela soulève souvent de nombreuses questions, surtout techniques. Savoir comment je procède pour broder sur tel ou tel support ou bien combien de temps j’ai mis. La notion de patience revient énormément, mais ce qui est drôle c’est que je ne le suis pas du tout ! Mon travail offre plusieurs entrées donc plusieurs types de réactions du public. C’est parfois très drôle car l’érotisme de certaines pièces qui apparaît dans un second niveau de lecture fait parfois changer les réactions. Je suis d’ailleurs souvent accroché dans les chambres.
Lors de l’exposition « Hot Couture » que j’ai présentée en juin à Saint Etienne, j’ai réalisé ma première performance de broderie murale, cela m’a beaucoup amusé et m’a donné des idées pour des futurs projets de broderies en land art. Bien sûr, le corps et la peau seraient des supports rêvés mais sincèrement, cela doit faire mal !
Je suis actuellement en pleine préparation d’une grande pièce pour l’exposition « Mickey Land » à Paris au mois de septembre, et en parallèle je suis en réflexion pour un projet autour de Pasolini pour le mois de février. Je vais également travailler avec un céramiste pour des essais de broderies sur céramiques.