
Depuis de nombreuses années, Hélène Lagnieu donne vie à des personnages aussi fragiles que subtiles, des êtres qui suscitent l’intrigue et pourraient même faire naître chez nous une certaine inquiétude en les imaginant vivants. Certains nous attirent alors que d’autres nous troublent, ces acteurs du surréalisme, vous ne les avez peut être jamais vus, probablement jamais imaginés et pourtant, une fois découverts, vous les imaginerez très bien dans vos rêves les plus étranges. Cette artiste dirige un monde, un laboratoire donnant régulièrement naissance à des personnages, des décors, des univers… Que ses créations soient sur toiles, sur papier ou sous verre, et qu'elles flirtent passionnément avec l’imaginaire, toutes sont pourtant bel et bien réelles, il ne manque que la parole à certaines, à moins qu’elles ne préfèrent garder le silence en notre présence.
J’ignorais être habitée par un tel univers... il vient du plus profond, de l’inconscient, et les tous premiers personnages m’ont moi-même surprise… Ils sont maintenant apprivoisés et me sont tellement familiers que je ressens pour eux de vrais sentiments. Je ne suis plus jamais seule... et me sens en sécurité à leur contact.
J’aime les gravures anciennes et redonner une seconde vie à tout ce qui est poussiéreux ; c’est ainsi que l’aventure a commencé : passionnée de brocante, j’ai accumulé de vieux bouquins illustrés et me suis décidée un jour à en déchirer les pages par désir de travailler en volume, et tout s’est fait naturellement. Comme pour la peinture, cette technique de papier collé oblige à un rapport charnel, et les gestes de lissage sont de véritables caresses... c’est tendre et ludique... je les aime tous parce qu’ils sont différents, et une réaction de protection maternelle s’est développée face à ces petits êtres hors normes. J’ai fait notamment un clin d’oeil à la folie, et à l’autisme qui me fascinent, et me penche sur le rôle et l’influence géo-socio-culturelle sur chaque être humain.
J’ai travaillé sur un thème très fort : les eunuques et les pieds bandés en Chine, deux coutumes qui se sont perpétuées durant mille ans. L’installation est constituée de 450 eunuques exécutés à l’encre de chine et montés sous plexi. Leurs socles sont numérotés de 1 à 450, rappel du rituel : leurs parties étaient embaumées, enveloppées puis rangées dans une boîte numérotée afin de donner à chaque eunuque la possibilité de les racheter pour être enterré dans son intégrité.
Je passe quasiment ma vie dans mon atelier ; j’ai souffert de ne pas pouvoir le faire pendant des années et suis aujourd’hui totalement vouée à mon travail. Mon atelier est un laboratoire, antre de la souffrance et du bonheur ; rien de tiède... de l’émotion et de l’acharnement.
Malheureusement, je suis de la famille des torturés, mais quelque part ce mal-être permet de puiser très profond en soi et de sortir un travail sincère et unique, et c’est le plus important…
Une exposition est prévue tout le mois de mai 2011 à la Galerie Artichaut dans le Vieux Lyon, et en projet une exposition collective en septembre/ octobre à la Galerie Souchaud. Pour de plus amples renseignements, je vous invite à consulter mon site.