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Interview de CHARLIE par vibration clandestine

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Interview_19_1885 Pour vous présenter cette artiste, plutôt que de se lancer dans une description de son travail et de sa passion, nous avons décidé de faire simple. Voici une phrase qu’elle nous a soufflée à l’oreille : - Je veux faire des films pour raconter aux gens les choses que j’ai vues, sinon ils ne veulent pas me croire ! Que dire de plus ?

Interview de Charlène Favier par Vibration Clandestine

Charlène pouvez-vous nous parler de vous et de votre passion ?

Enfant, déjà les voyages et l’art sous toutes ses formes m’habitent. Ma mère peintre m’initie très jeune aux arts manuels, physiques et musicaux ainsi qu’aux charmes de la nature. Au lycée, j’étudie le théâtre et l’histoire de l’art. Très vite, je continue à voyager seule, en quête d’aventures, de rencontres et de grands espaces pour trouver ma place dans ce monde… Mes carnets de voyage se remplissent alors d’histoires, de croquis, de collages, de descriptions de lieux et de personnages… C’est pour moi, une sorte de témoignage pour expliquer et rapporter ce que j’ai vécu. Filmer devient alors une évidence. Le cinéma m’a permis de me rassembler, de trouver un territoire, d’être libre, sans avoir à fuir continuellement.

Londres, Japon, Nouvelle-Zélande, Népal, Grèce, Maroc, etc… Vous avez eu la bougeotte pendant quelques années, pourquoi tous ces voyages et que vous ont-ils apporté ?

Les voyages forment la jeunesse, les rêves donnent du travail… Voilà deux citations qui me ressemblent ! Je ne conçois pas la vie sans voyage et sans ouverture aux autres ! Autodidacte, je me suis formée à l’école de la vie, le voyage a d’abord été une fuite puis est très vite devenu une incroyable source d’inspiration. Londres est la première étape dans mon parcours artistique, à 18 ans, j’entreprends de suivre l’enseignement de l’école de théâtre « School of Physical Theater » selon la pédagogie de Jacques LECOQ avant de revenir en France et de très vite repartir vivre plusieurs années à l’étranger. C’est en Australie que je réalise mon premier documentaire Is everything possible, Darling ? , je tourne sur le vif, dans des communautés hippies, j’empreunte du matériel, j’apprends les techniques de base sur le tas, et grâce aux personnes rencontrées au fil du voyage. Je rentre en France, une valise remplie de cassettes mini DV et de disques durs, c’est Didier BALLIVET qui me soutiendra notamment en prenant en charge le montage. Deux ans plus tard, ce documentaire est sélectionné pour le prix coup de pouce au FIGRA (festival du grand reportage d’actualité et du documentaire de création) puis dans plusieurs autres festivals. J’ai eu une sorte de révélation, il fallait que je réalise ce documentaire, coûte que coûte, alors que je n’avais jamais songé à faire des films auparavant.

Après Lili, j’étais… (2009), Is everything possible, darling? (2010), votre dernier court métrage Free Fall va voir officiellement le jour en Mars 2012. Pourriez-vous nous parler de ce projet ?

Liberté, le personnage principal, interprété par Laëtitia MARTINUCCI, me ressemble et l’Australie n’est pas bien loin… Liberté va traverser une série d’expériences qui la transforment. Le rythme de l’histoire s’accélère comme les battements de cœur des personnages. Ces ruptures reflètent leurs obsessions : drogue, sexe et alcool participent à un oubli de soi dans une fuite en avant, plus loin, plus vite. Cette adrénaline ne les mène finalement nulle part. C’est le propos du film. La caméra suit les personnages sur le fil, sans enregistrer d’excès dramatique. J’avais envie d’immerger le spectateur dans un état contemplatif, à travers un film où l’atmosphère et les émotions priment. J’ai écrit la première version du scénario en Australie, le G.R.E.C et la maison du film court m’ont soutenue dans l’écriture et le développement, et 5 structures de production portent ce projet ambitieux. L’équipe au complet se retrouve le 9 octobre à St Jean-de-Luz. La plupart n’a jamais travaillé ensemble, mais tous ont été séduits par le projet et l’énergie qui le portait. Tout le monde est à sa place, l’ambiance est propice à l’écoute, au partage d’idées et à la créativité. La météo nous sourit jusqu’au bout, la lumière est belle et parfaitement captée, les comédiens sont justes, les travellings inventifs d’Éric FODERA, d’HAPPY GRIP FILMS, nous surprennent quotidiennement. Free Fall aura été jusqu’au bout une histoire de rencontres, grâce auxquelles le film est aujourd’hui en passe de dépasser nos espérances initiales. 8 avant-premières sont déjà planifiées dans toute la France.

Vous dîtes que lorsque l'on voyage il vaut mieux s’adapter à la vie locale rapidement plutôt que de chercher la stabilité à tout prix. Cette réflexion fait-elle partie des pensés abordées pour la conception de Free Fall ?

Lors de mes voyages compulsifs autour du monde, je me suis aperçue que la vie est souvent décousue. Dans ce film, je voulais illustrer cette idée à travers la fuite de Liberté, le personnage principal. Elle fuit sans savoir pourquoi, et cet élan lui donne une sensation d’indépendance qui finalement la paralyse.

Vous avez créé en juin 2010 la société Charlie Bus Production, pouvez-vous nous parler de cette structure ?

CHARLIE BUS PRODUCTION est née en juin 2010, de ma rencontre avec Didier BALLIVET. La production « énergique et artisanale » de Lili, j’étais, fut pour nous une véritable révélation. L’idée de cette société est née de l’autre côté de la planète, après avoir créé le collectif « Rusty bus production », avec lequel j’avais tourné une trentaine d’heures de rushs autour des modes de vie alternatifs en Australie… Le documentaire Is everything possible, Darling ? fut notre première production. Nous sommes convaincus que tout est possible pourvu que l’on y croie suffisamment, et CHARLIE BUS PRODUCTION est là pour le prouver, donnant ainsi de la valeur et un sens à notre existence. Au départ, nous voulions surtout garder notre indépendance et être maître de nos projets. Impatiente, je ne voulais pas attendre indéfiniment pour réaliser mes premiers films, je voulais être libre d’agir, l’urgence de tourner était mon moteur ! C’est ainsi que Didier BALLIVET et moi-même, sommes partis, caméra au poing, en janvier 2011 en Egypte, Israël, Palestine et Jordanie pour tourner une série de documentaires portraits. Nous comptons retourner sur place, recueillir leurs témoignages après les révolutions arabes… Aujourd’hui nous développons plusieurs projets de court et de long métrage en collaboration avec d’autres structures de production basées principalement dans l’Ain, en Aquitaine, et en PACA. Nomades dans l’âme nous continuons de voyager à travers le monde en invitant chaleureusement tous les créateurs dans notre « bus » pour de nouvelles aventures!

Vous travaillez sur un projet de court-métrage au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, écrit et réalisé par des détenus, pouvez-vous nous en dire plus ?

Lorsque l’association VISUAL CIRKUS m’a proposé d’intervenir au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse pour développer des projets cinématographiques avec les détenus, j’ai tout de suite accepté. J’ai toujours voulu associer et fédérer des personnes d’origines diamétralement opposées dans mes projets, persuadée que cela amènerait de la richesse à ceux-ci, c’est ainsi que plusieurs compagnons d’Emmaüs, mais aussi des marginaux, étaient présents sur les tournages des mes courts-métrages précédents. La création artistique par, et pour tous, est une véritable philosophie de vie pour moi…

Mail : charlene@charliebus.com
Tél : 06 72 57 34 62
Site : www.charliebus.com
www.vibrationclandestine.com/membres/CHARLIE
Crédit photo : CHARLIE BUS PRODUCTION